Photo: La Presse
En conférence de presse au Parc Émilie-Gamelin suite au grand rassemblement à l’occasion de la Fête des Patriotes, la CLASSE a annoncé aujourd’hui qu’elle ne se soumettrait pas à la loi 78 et en appelle à la désobéissance civile.
Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de la CLASSE, a affirmé que «Si ces pratiques nous valent des poursuites pénales (…), nous ferons face à ces poursuites». Rappelons que sous la loi 78, les associations étudiantes peuvent recevoir jusqu’à 125 000$ d’amende, montant qui double en cas de récidive.
La CLASSE en appelle également à la désobéissance civile, affirmant que la loi est une attaque directe à la liberté d’expression et au droit de manifestation. Elle appelle également les citoyens à ne pas se soumettre à la loi. Jeanne Reynolds, l’autre co-porte-parole, affirme: «L’inaction est synonyme de complicité. Se soumettre à cette loi, c’est l’accepter. Accepter cette loi, c’est sanctionner son contenu.»
Pour leur part, la FECQ et la FEUQ appellent leur membres à respecter la loi, mais affirment par le fait même qu’elle brime des lois fondamentaux et comptent la contester devant les tribunaux. Déjà le site http://www.loi78.com, mis en ligne par la clinique juridique Juripop et qui compte déposer une requête en nullité de la loi, a dépassé le cap des 150 000 signatures en 24 heures.
Les associations étudiantes affiliées à la CLASSE devront se prononcer cette semaine en assemblée générale à savoir si les étudiants prolongeront la grève jusqu’en août, court-circuitant l’une des dispositions de la loi 78, qui prévoit que les directions d’établissements peuvent s’entendre avec leurs étudiants pour reprendre les cours très bientôt. Si la grève est reconduite pour l’été, les associations devront voter à nouveau en août pour reconduire la grève au retour en classe prévu par la loi.
Avec son projet de loi spéciale, Charest espérait-il vraiment calmer le jeu? En suspendant les cours jusqu’en août, il fait bel et bien cela: donner du temps à tous pour se calmer les esprits. Mais ce qu’il donne d’un côté, il le reprend de l’autre: avec ses mesures spéciales brimant la liberté d’expression et d’association ainsi que ses amendes extrêmement salées, voire démesurées, il jette de l’huile sur le feu comme jamais. La loi spéciale ne fait qu’exacerber les esprits des jeunes avec cette loi beaucoup trop sévère et qui ne calme en rien la situation.
La dégénérescence des manifestations de cette fin de semaine ont prouvé exactement cela: en voulant museler les étudiants par la ligne dure, le gouvernement ne fait que les provoquer. En ayant attendu si longtemps pour discuter et en ayant laissé la situation dégénérer à ce point dans la violence, le gouvernement peut ensuite discréditer le mouvement devenu "violent", ce qu’il a contribué à créer lui-même. Le gouvernement accuse le mouvement en se lavant les mains comme Ponce Pilate, alors qu’il porte une grande part de responsabilité dans ce conflit social aux impressions de guerre civile.
Demain la CLASSE en appelle à une troisième manifestation d’envergure, continuant dans la foulée des "22". Le 22 mars, 200 000 personnes étaient réunies pacifiquement pour dénoncer la hausse des frais de scolarité; le 22 avril, c’est 300 000 qui faisaient de même avec les ressources naturelles à coeur cette fois. Qu’en sera-t-il demain? Assurément, ce sera une manifestation monstre. Et qui dit manif monstre dit casseurs et policiers et escouade anti-émeute sur le qui-vive. Et avec les nouveaux pouvoirs qui leur sont conférés par la loi spéciale, l’heure est aux débordements. Que personne ne souhaite évidemment.
Espérons que l’ampleur de la manifestation de demain permettra de catalyser la hargne de la population qui en veut à Charest et son gouvernement, et ne donnera pas lieu à des débordements comme Montréal en a connus cette fin de semaine. Espérons aussi que les policiers donneront raison à la ministre Courchesne en usant de jugement… ce qui n’est pas certain d’arriver.
